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Articles

Affichage des articles du mars, 2013

Le temps coule-t-il?

Pourquoi débuter notre propos en utilisant cet ancien sujet de dissertation? Pour une raison simple et claire, nous faisons irrémédiablement ce constat des plus horrifiants, celui du temps qui passe et qui nous entraîne au fond d'une déperdition incessante. Face à cela s'érige immédiatement en nous la peur de la perte, de l'absence et du remord. « Le temps se met dans ma gorge il m'étrangle il m'étreint il m'étrille il m'étrive il m'entrave il m'entraîne il m'entre au ventre il m'entraille l'entaille il me troue », écrivait Aragon dans Le fou d'Elsa. Pourtant, face à toute résignation, il nous suffit de nous remémorer quelques instants, uniques et précieux, que sont les yeux et les lèvres d'un amour naissant, ou ces heures perdues à rêver, les yeux rivés vers les étoiles, d'un monde lointain et silencieux où se trouveraient le Petit Prince et sa rose bien aimée, pour qu'enfin jaillisse le plus grand des bonheurs ; celu...

Achèvement

Jardin aux mouvances pétrifiées. Suintant de tes pantoufles La brise de ton souffle Homogénéise les hétérogénéités  Saule esseulé Dessaoulant ses absinthes virginales Sur sa crinière de pleurs perlés. L'étang est lacrymal. Les végétalités urbaines Fredonnent des chorégraphies oscillantes Bal des pieds à la plante Valsant les aphonies contemporaines. Dans ces cataractes perceptives Brouillonnantes de causalités cycliques Le saumon bafouillant la rive S'habille de plumes métaphoriques. Tremblez mortels ! Voici les noirceurs cartésiennes... Le rayon naturel bat de l'aile Quand le corbeau étend les siennes. Face contre terre Le cadavre du réel a perdu toute mythologie. Les enfants jouent autour de lui Piétinant son rictus amer. Enfin libres de tout sphincter Filent les filets arc-en-ciel Et l'Homme, avidité complémentaire Lape le miel existentiel. H.A.

"Mon bon Jourdan"

"Mon bon Jourdan", se dit-elle à voix basse. Et elle s'aperçut que le son du nom dans sa voix basse avait forme et odeur, et geste et poids, et que son corps en jouissait. – Jean Giono Les philosophes et les moralistes ne manquent pas une occasion pour blâmer les progrès des nouvelles technologies et commenter pompeusement les graves bouleversements qu’entraînerait chaque apparition d'un nouveau pouvoir technique : défaite de la pensée, zapping de l'intellect, déficit de concentration, on connaît ça par cœur. Il est plus rare, plus difficile, et donc aussi plus beau, de dégager à bon escient des potentialités techniques une nouvelle puissance bénéfique à l'individu moderne et de la lui rendre accessible ; je parle de puissance réelle et non d'une puissance de discours, de ce vain bavardage dans lequel nous nous complaisons trop souvent ; car il y a et il y a toujours eu, derrière la verbale fumée opaque des écrivailleurs, des hommes qui se con...

Rencontres Philosophiques de Langres

"Je souhaiterais vous faire part d'une intéressante anecdote : chaque année depuis 2011 s'organise à Langres (Haute-marne, Champagne-Ardennes) ce que l'on appelle le Festival des Rencontres Philosophiques, qui se tient en septembre sur une durée de trois jours. Ce festival regroupe sur cette durée plusieurs conférences et spectacles sur un thème philosophique annuel. En 2011, le thème était la vérité. En 2012, le thème était la liberté, en hommage à Jean-Jacques Rousseau, puisqu'il s'agissait du tricentenaire de sa naissance. Ce festival, bien qu'encore jeune, dispose d'une certaine renommée, des professeurs de philosophie venant de la France entière pour s'y rendre. Si ce festival est ouvert à tout public, le contenu philosophique n'en est pas pour autant vulgarisé et s'élève à un niveau universitaire. Parmi les conférenciers des festivals précédents, on compte Jean-Luc Marion, Joëlle Proust, Paul Mathias, Rémi Brague, Jean-François Su...

Elections à l'Université

Édouard Mehl, Doyen de la Fac de Philosophie, Vice-Président Sciences en Sociétés   Le janvier 2013, les membres des Conseils de l'Université (CA, CEVU et CS) réunis en Congrès ont élu pour 4 ans l'équipe du Président de l'UdS Alain Berezt. Comme vous m'avez fait l'honneur, lors des élections de novembre dernier, de m'élire au CEVU (Conseil des Études et de la Vie Univsersaire), je vais vous faire un rapide tour de table des neuf Vice-Présidents qui forment l'équipe dirigeante du Président réélu Alain Berezt. Son équipe se compose donc de : Michel Denenken, 1er Vice-Président ; Hugues Dreyssé, Vice-président chargé des Ressources humaines et politique sociale ; Catherine Florentz, Vice-présidente chargée de la Recherche et formation doctorale ; Olivier Hoerdt, Vice-président chargé de la Vie Universitaire ; Jean-Marc Jeltsch, Vice-président chargé des Partenariats avec les entreprises ; Francis Kern, Vice-président en charge des Relations inte...

Pinar Selek n’est pas seule !

Pinar Selek n’est pas seule ! Pinar Selek est libre et le restera ! Vous avez entendu, relayé par les réseaux sociaux, la télévision et les journaux qu'en ce moment toute l'Université de Strasbourg est mobilisée au côté d'une femme courageuse, dans son combat pour la Liberté et la Justice, que nous avons maladroitement appelé 'le dossier Pinar Selek'. Je vais tenter de vous en résumer le contenu. Pinar Selek est née en 1971 à Istanbul, elle est écrivain et sociologue turque. Son mémoire de master de sociologie est une recherche menée sur et avec les transsexuels et travestis qui sont cités de façon anonyme par des lettres de l'alphabet. Militante pacifique aux côtés des minorités qui se battent contre les violences policières et nationalistes de son pays, elle entame parallèlement des recherches sur la question kurde et effectue plusieurs voyages au Kurdistan, en France et en Allemagne, pour réaliser une soixantaine d'entretiens destinés à alimen...

Un peu d’oxygène pour la cervelle philosophique

Pour cette nouvelle édition des Dessous de l’Être, je ne compte pas parler philosophie pour ma part. La raison ? Parce qu’il n’y a pas un jour où nous n’en parlons pas. Avouez qu’un bol d’air parfois est apaisant. Non que la philosophie soit d’un ennui mortel, loin de là, mais je suis partisane de l’oxygénation du cerveau. Avec les examens, les remarques des professeurs et nos avis divergents, on en a plein la tête non ? Et si nous allions dans les Dessous de l’Être à proprement parlé pour une fois ? Analysons-nous. Le Philosophe et ses bagages émotionnels. Tout d’abord il y a eu l’évènement de la fin du monde qui a suscité mille émotions. Pascal soit loué, aucun philosophe ne s’est suicidé. Certains ont bu, ont profité des festivités et d’autres, j’en suis sûre, se sont couchés en se demandant tout de même s’ils se réveilleraient le lendemain. Et une chance ou non, les paupières ont bien battu le lendemain. Soulagement pour chacun, il faut le dire malgré tout. Ensuite, ...

Couvrez cet high-tech que je ne saurais voir.

Jouer les tartuffes, certes pas. Mais alors pourquoi donc plisser les paupières devant l’aube rayonnante de la technologie ? Technocirconspect. Voilà un beau néologisme qu’il ne faut pas avoir peur de brandir comme une oriflamme sur le champ de bataille. L’homme se réduisant progressivement à de gros doigts musclés, et un esprit des plus synthétiques, il nous faut intervenir. De petits boudins antillais pour tout corps; voilà à quoi ressemblera l’homme de demain. (Et pas seulement celui des doms toms) La main vigoureuse de l’homme, feu portée par de si nobles actions - serrer des mains, foutre des claques - se laisse donc doucement phagocyter par la rythmique incessante des pouces sur un morceau de plastique. La sensualité de la pogne, celle de la menotte, de la paluche ou de la pince ne semble plus qu’être un lointain souvenir. Le problème est larvé, en étant étonnamment explicite pour qui veut bien ouvrir les yeux. La dépendance maladive au « techno » nous a déjà ...

Les JU : un peu d'humour

« On devient quoi en philo ? » Cette question a fait siffler mes oreilles, pendant plus de quatre heures, aux Journées Universitaires. Comme chaque année, c’est la déroute. Les lycéens se succèdent, les remarques fusent, le cynisme grandit. D’ailleurs, ils ont tous ce petit sourire narquois, lorsqu’ils aperçoivent la pancarte « philosophie ». Oh ! Des Philosophes, une espèce menacée ! Bah oui, « y’a aucun débouché ! ». Je m’évertue à les convaincre. Non, la philosophie ne vous destine pas à une errance angoissante à Pôle Emploi. Sinon, pourquoi philosopher ? « Eh bien, je suis en STG et j'écris un livre qui critique trop la société. Tu crois que ça ira pour finir de l’écrire ? Y'aura pas trop de travail à la fac de philo? » Trop bonne question, c’est un polar ? Mais voilà déjà une autre lycéenne qui approche. Oui, elle a le regard vicieux : « ça va les études ? Je ne m’intéresse pas à la philo. Mais y’a du monde partout où c’est intéressant, j’aime pas faire la queue....