Pinar Selek n’est pas seule ! Pinar Selek est libre et le restera !
Vous avez entendu, relayé par les réseaux sociaux, la télévision et les journaux qu'en ce moment toute l'Université de Strasbourg est mobilisée au côté d'une femme courageuse, dans son combat pour la Liberté et la Justice, que nous avons maladroitement appelé 'le dossier Pinar Selek'. Je vais tenter de vous en résumer le contenu.
Pinar Selek est née en 1971 à Istanbul, elle est écrivain et sociologue turque. Son mémoire de master de sociologie est une recherche menée sur et avec les transsexuels et travestis qui sont cités de façon anonyme par des lettres de l'alphabet. Militante pacifique aux côtés des minorités qui se battent contre les violences policières et nationalistes de son pays, elle entame parallèlement des recherches sur la question kurde et effectue plusieurs voyages au Kurdistan, en France et en Allemagne, pour réaliser une soixantaine d'entretiens destinés à alimenter un projet d'histoire orale.
Sa thèse porte sur un 'Atelier de rue', qui accueillerait non seulement « les enfants de la rue » mais aussi « des adultes, SDF, travestis, transsexuelles, travailleuses du sexe, gays, lesbiennes, des voleurs, des universitaires, des vendeurs ambulants, des collecteurs d’ordures, des musiciens gitans ». Pınar ne se contente pas d’étudier les marginaux, elle prend leur défense et créé pour eux un centre d’accueil, l’Atelier des Artistes de Rue, ouvert à tous.
Ses recherches portent sur des personnes qui soit n'existent pas pour le gouvernement turc ou qui dérangent tellement que depuis 13 ans les différents gouvernements qui se succèdent et leur étrange parodie de justice essaye de la faire taire.
En 1998 a lieu une explosion dans le bazar du marché aux épices d'Istanbul, qui causera la mort de 7 personnes et fera de nombreux blessés. Elle est alors accusée, par un homme qui avouera son nom sous la torture, d'avoir posé une bombe qui s'avérera (tous les experts sont formels) être une fuite accidentelle de gaz. Elle est arrêtée et torturée afin de livrer les noms de ceux qu'elle a interviewés pour ses travaux de recherche. “Ils m’ont envoyé des chocs électriques au cerveau. Je n’ai pas pu bouger le moindre doigt pendant des mois” raconte-t-elle sobrement, la gorge nouée. Pinar ne livre aucun nom et reste emprisonnée deux ans et demi.
Libérée en décembre 2000 sur la base des expertises scientifiques qui prouvent que l'explosion est accidentelle, Pinar Selek fut quand même renvoyée devant le tribunal sous le chef d'accusation d'acte terroriste, elle y est acquittée. Qu'importe le verdict, un procureur dépose un premier appel ouvrant un nouveau procès qui durera cinq années. Elle y est à nouveau acquittée.
La justice s'acharne, son acquittement est à nouveau remis en question par un nouvel appel, en 2008, c'est un nouveau procès qui a lieu toujours sous le même chef d’inculpation. La sociologue fuit alors la Turquie en 2009 pour s’exiler à Berlin, où elle a vécu deux ans avant de s’installer à Strasbourg.
Pourquoi la France ? Parce qu’elle en a étudié la culture et la langue pendant huit ans au lycée français d’Istanbul et se sent donc “plus proche de [ses] souvenirs”.
En 2011, les juges ont de nouveau conclu à son innocence, suscitant le soulagement chez tous ses soutiens, Turcs et internationaux, présents au procès. Cette joie fut de bien courte durée : deux jours plus tard, le ministère public interjette à nouveau appel du jugement d'acquittement. Un quatrième procès aura donc lieu avec les mêmes réquisitions et ce verdict terrible qui tombe jeudi 24 janvier 2013, en présence de soutiens venant du monde entier : l’emprisonnement à perpétuité avec arrestation immédiate.
« Pour la première fois, je suis jugée coupable », commente-t-elle, « c’est comme si j’apprenais la nouvelle d'un proche, on refuse d'abord d'y croire ».
Vous trouverez sur notre site (aep.asso.st) le lien vers le compte rendu du procès rédigé par la délégation de l'Université de Strasbourg. Il est lourd, pesant, étouffant, comme l'ambiance qui régnait dans le Palais de Justice où tout avait été décidé par avance.
Vous avez l'exposé des faits, je vais me permettre de vous dire pourquoi cette femme me touche autant. Quand on écoute Pinar, on se rend compte de plusieurs choses qui sont comme le fil conducteur qui la lie, la re-lie autant à son pays qu'à l'absolue nécessité de ne pas abandonner, même de ne pas relâcher son combat pour la liberté et la démocratie en Turquie, ne serait-ce qu' un instant.
Ses livres sont toujours en vente dans les librairies. “Si l’État les interdisait, ils n’en seraient que plus populaires “. Elle poursuit ses travaux de recherche sur les mouvements sociaux turcs à l’Université de Strasbourg – qui la soutient officiellement et fortement – et milite en faveur des Droits de l’Homme, que son pays a pris la mauvaise habitude de bafouer.
Pinar est bien entendu soutenue et protégée par le Président de l'UdS, par son Direction de Mémoire, par le corps enseignant et l'ensemble des chercheurs et post-doctorants, mais ce qu'elle a découvert il y a peu avec le 4ème procès et ce verdict aberrant, c'est la solidarité de la nouvelle génération d'étudiants, ceux qui sont en licence, en master. Dans de nombreux pays, elle est un modèle, le symbole d'une lutte vivante contre toutes sortes d'injustices. Ce soutien des plus jeunes envers ceux qui ne sont pas tout à fait à leur place au bon moment, qui est le vôtre également dans ma vie.
Si cette femme de mon âge est si émouvante dans son combat, c'est parce que parmi ses multiples avocats, qu'aucun juge n'écoute, se trouve également son père de 83 ans, qui se bat à la fois pour la démocratie et la justice dans son pays et pour la reconnaissance enfin définitive de l'innocence de sa fille. On voit combien ces deux-là sont soudés, que malgré la distance et le fait qu'ils ne peuvent se voir, le père tient debout grâce à sa fille et la fille grâce à son père.
Pinar ne veut pas demander l'asile politique en France, car cela la désignerait comme coupable d'un crime qu'elle n'a pas commis et l'empêcherait à jamais de rentrer en Turquie. Pinar veut simplement rentrer chez elle, cette phrase comme le fil d'Ariane la sortira de ce labyrinthe juridique et la ramènera chez elle, en tant que femme chercheuse et écrivain libre.
L'à-venir :
Pinar Selek, n'ayant pas sollicité le statut de réfugiée politique auprès de la France, risque en théorie d'être extradée en raison des accords franco-turcs.
La Cour de cassation peut encore intervenir en faveur de Pinar. Pour cela il faut une communication et une mobilisation massive des étudiants afin de montrer à la justice turque qu'à Strasbourg, c'est toute la Communauté Universitaire qui est mobilisée pour elle. « Communiquer, c'est la seule chose que nous puissions faire pour l'aider. »
Eve M. (L3)
http://pinarselek.fr/
http://www.lactu.unistra.fr/
http://www.lactu.unistra.fr/fileadmin/upload/L_Actu/L_Actu_N_69/Focus/recitproces.pdf
Facebook : Comité de soutien universitaire à Pinar Selek
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