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Couvrez cet high-tech que je ne saurais voir.


Jouer les tartuffes, certes pas. Mais alors pourquoi donc plisser les paupières devant l’aube rayonnante de la technologie ?

Technocirconspect. Voilà un beau néologisme qu’il ne faut pas avoir peur de brandir comme une oriflamme sur le champ de bataille.

L’homme se réduisant progressivement à de gros doigts musclés, et un esprit des plus synthétiques, il nous faut intervenir. De petits boudins antillais pour tout corps; voilà à quoi ressemblera l’homme de demain. (Et pas seulement celui des doms toms)

La main vigoureuse de l’homme, feu portée par de si nobles actions - serrer des mains, foutre des claques - se laisse donc doucement phagocyter par la rythmique incessante des pouces sur un morceau de plastique. La sensualité de la pogne, celle de la menotte, de la paluche ou de la pince ne semble plus qu’être un lointain souvenir.

Le problème est larvé, en étant étonnamment explicite pour qui veut bien ouvrir les yeux. La dépendance maladive au « techno » nous a déjà frappées de plein fouet. Le « technoobjet » se greffe physiquement sur notre corps, psychiquement dans notre identité. Quel libre arbitre peut espérer celui qui possède un sur-moi annexé par la marque à la pomme ? Le consommateur frénétique ne pourra que désirer posséder la toute nouvelle version de l’iEthique. On peut aussi souligner pour les plus ignorants qu’en termes de péché mortel, « une pomme croquée » recèle une certaine symbolique. Eve, Adam... Rejetés du Paradis pour n’avoir été que trop curieux, pour avoir voulu savoir.

La mémoire, notre mémoire est-elle composée de cellules grises ou de minuscules diodes ? Il est si fatigant et pénible de stocker soi-même les myriades d’informations auxquelles nous permet d’accéder la machine ; il faut bien que notre mémoire externe prenne le relais. La technologie est la potentialité d’un savoir total en dehors de nous-mêmes. Le savoir universel au prix de notre propre ignorance.

Le point de non-retour est que la possession actuelle de l’objet technologique se justifie par sa propre possession, et non plus son utilisation. Qui utilise un « Smartphone » pour téléphoner ? Cela représente le comble du ridicule à notre époque. Pourquoi ne pas utiliser des signaux de fumée, pourquoi ne pas faire vibrer les tams-tams à travers la brousse alsacienne ?

Si seulement cette nouvelle façon d’être au monde ne se traduisait que par cette vacuité technologique, alors la situation ne serait pas si dramatique. Cependant la dialectique hégélienne, celle du maître et de l’esclave semble avoir été dépoussiéré par cette poussée possessive. Après plus d’un siècle de maîtrise totale de la technologie (Tchernobyl exclut, voir Fukushima pour les pointilleux), le rôle de l’esclave semble nous revenir de droit, pour la totalité des hommes. Nous glissons la bouche en cœur vers ce stade d’asservissement tant prisé par la gent humaine.

La prise de parole nous fait passer pour des tartuffes du numérique. Si lui-même n’avez pas volé son titre en désignant comme maléfique un décolleté féminin (ce qu’il n’est pas, assurément, ou bien si peu), il ne nous faut pas montrer autant de complaisance pudibonde et d’effets de manche sur le sujet qui nous préoccupe.

Redevenons conquérants, redevenons comme maître et possesseur de la « techno-nature ». Et à l’instar de nos glorieux aïeuls, pourfendant des Aztèques sans âmes, il nous faut planter l’étendard de la raison sur le Nouveau Monde qui s’offre à nous. Ne respectons pas les habitants de cette civilisation, ils ne sont pas des êtres vivants. La machine doit servir et non asservir. Et puisqu’aucune controverse ibérique ne semble poindre, traitons l’objet comme il se doit. Faisons gaiement choir nos téléphones au sol, enfonçons nos tablettes rageusement au fond de nos sacs, tapons nos écrans quand ceux-ci faiblissent.

Soyez imaginatif, mais avant tout, soyez de mauvais possesseurs, maltraitez vos engins. Pour le moment, personne ne vous en empêche.

P.-S. : Vous pouvez aussi ne pas en acheter, mais comme vous ne le ferez pas, suivez le conseil ci-dessus.


François Z (L3)

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