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Articles

Affichage des articles du mai, 2013

Pour une application du concept kantien de publicité

Il ne s’agit pas de la « pub » mais de la publicité selon le concept de Kant. On en trouve le développement principalement dans l’opuscule Qu’est-ce que les Lumières ?  ainsi que dans le Conflit des facultés. Dans ces œuvres, Kant essaie de concilier la nécessité du respect de l’ordre établi avec la nécessité de pouvoir s’exprimer librement sur ce pouvoir et pourquoi pas d’éclairer le souverain sur ce qui devrait être réformé. Il prend plusieurs exemples, notamment celui du soldat. Le soldat ne peut pas discuter les ordres ni organiser de mutinerie mais cela ne veut pas dire que son avis est censuré : il a le droit de s’exprimer publiquement sur ses doutes quant aux motivations de son supérieur. La différence est cruciale, ce qui est défendu, c’est d’émettre des opinions pendant l’action et dans un cadre restreint. Kant défend d’aller dans la rue pour crier « mort au Roi » car cela ne peut que provoquer des émeutes. Là où la chose se complique ...

Si je retournais en licence

Arriver en Master, c’est comme franchir un cap. Tout à coup, on se sent « vieux », on regarde en arrière avec mélancolie. Les starking-blocks sont loin, la vie active approche. Désormais, impossible d’éviter la terrible question de l’étudiant : « mais au fait, où je vais ? ». L’angoisse surgit, je perds pied. Qui n’a pas ressenti cette impression de vertige, en arrivant en Master ? Comble de malheur, j’éprouve le sentiment de ne rien savoir, ou d’en savoir toujours trop peu. J’ai à peine effleuré la surface de la philosophie… Vite, une pelle, je dois creuser en profondeur ! J’aurais dû commencer ce travail depuis ma première année. Si je retournais en licence... je dévorerais des livres sur les distinctions conceptuelles. Mon manuel de terminale serait devenu ma bible. J’aurais listé tous les mouvements en « isme » , au risque d’une indigestion. J’aurais dépêché des enquêteurs sur la signification du mot « problématiq...

En chaque homme une rose

  Hier, j'ai rouvert un vieux livre qui traînait dans mon étagère. Avez-vous déjà fait cette expérience ? Vous achetez un livre, en lisez quelques pages, le mettez de côté et n'y pensez plus. Et un jour, une force d'attraction inexplicable vous pousse à retourner vers lui. Cette même sensation qui jadis vous avait poussé à l'acheter chez le libraire, sans trop savoir pourquoi. Et le livre, à nouveau, vous appelle : vous êtes prêt. Prêt pour ce grand voyage, en vous-même ou dans le monde, intellectuel ou sensuel, le genre de voyage que chaque œuvre, à sa manière, propose. Alors vous ouvrez à nouveau le livre qui hurle de toute son encre pour vous faire venir à lui. Vous devenez son prisonnier. Il ne vous lâche plus, et cela dure jusqu'à la dernière page. Mais quelle belle prison, n'est-ce pas ? Et lorsque vous finissez la dernière ligne, vous comprenez : "Oui, j'étais prêt. Maintenant je sais. Et maintenant, à nouveau, tout change...

Du fascisme de la lettre

Il n'y a rien de pire pour eux en ce monde que la bêtise humaine et rien ne leur est plus insupportable que cette connerie humaine qui n'a pas eu la chance insigne d'être éveillée jusqu'aux tripes aux mystères suffocants de la lettre. Ils sont les élus de la culture : philosophie, littérature, musique, cinéma ; ils savent mieux que personne ce qui est bon et ce qui a de la valeur. Le bon goût est leur naturel : ils sont nés ainsi et ne peuvent rien y faire, obligés qu 'ils sont par leur complexion sublime à montrer à tous les vauriens le bon chemin de l'érudition. Les dernières sorties des petites éditions franc-maçonnes, les derniers commentaires de commentaires, les meilleures traductions : tout ce petit savoir qui fait d'eux des êtres exceptionnels. Entendez-les se gaver de leur prudence détaillée, de leur pudeur devant les généralités grossières de ceux qui n'ont pas été initiés à la pusillanimité politiquement correcte de l'engagement...

Discipliner les porcs

« Supprimer la contrainte voudrait dire se ramollir. Rendre l'homme capable de grandes choses, bien qu'il soit un porc, tel est le problème » - Musil. Il y a un combat de l'homme contre lui-même qui n'a jamais de fin, et c'est la permanence de ce combat qui fait son humanité. Qu'est-ce qu'il faut combattre en soi, tous les jours ? C'est tout ce qui est animal en nous, tout ce qui nous rabaisse ; ce sont nos humeurs, nos pulsions, nos fatigues ; c'est tout ce qui détermine corporellement notre être au point de nous faire oublier quelquefois que nous avons une âme. L'âme n'est pas un mot qu'il faut supprimer de notre vocabulaire ; il est inclus dans le langage commun, et rien de ce qui est inclus dans le langage commun ne doit être supprimé. Nos réflexions doivent être soutenues par le beau langage : c'est un devoir oublié trop souvent des philosophes qui pensent que l'on reconnaît la qualité de la pensée à la nouveauté d...