Il n'y a rien de pire pour eux en ce monde que la bêtise humaine et rien ne leur est plus insupportable que cette connerie humaine qui n'a pas eu la chance insigne d'être éveillée jusqu'aux tripes aux mystères suffocants de la lettre. Ils sont les élus de la culture : philosophie, littérature, musique, cinéma ; ils savent mieux que personne ce qui est bon et ce qui a de la valeur. Le bon goût est leur naturel : ils sont nés ainsi et ne peuvent rien y faire, obligés qu'ils sont par leur complexion sublime à montrer à tous les vauriens le bon chemin de l'érudition. Les dernières sorties des petites éditions franc-maçonnes, les derniers commentaires de commentaires, les meilleures traductions : tout ce petit savoir qui fait d'eux des êtres exceptionnels. Entendez-les se gaver de leur prudence détaillée, de leur pudeur devant les généralités grossières de ceux qui n'ont pas été initiés à la pusillanimité politiquement correcte de l'engagement résistantialiste. Ils n'ont que le mot humilité à la bouche, si éloquent qu'ils sont sur le sujet de la grande dignité humaine et du respect hyper-démocrate des populations du tiers-monde. A leurs fesses molles pend un grand sac fourre-tout sur lequel est écrit ''FASCISME' et dans lequel est jeté tout ce qui les coince. Ils sont de préférence insomniaques et leur fidélité est impossible à gager puisqu'évidemment ineffable. Ils aiment leurs réunions de bars débranchés où se déroulent leurs ''orgies intellectuelles'' fumeuses. Ils se regardent mutuellement comme des bouts de viande à agiter en interpénétration : ils savent mieux que personne et comprennent mieux que tout le monde ce qu'est l'amour car ils détestent leurs corps. Assurément, ils savent mieux que personne ce qu'est l'amour, prêts qu'ils sont à rédiger des doctorats sur cette question questionnante. Toutefois, ils sont poétiques au possible dans leur dégoût, comparant les replis desséchés de leurs chairs honteuses et bien élevées à des pommes de terre tout en omettant de stipuler que leur légume est si stérile qu'ils seraient incapables d'en même tirer l'enivrement de la vodka. Ainsi si on les croise sur une couche ils ne peuvent que se livrer à l'apitoiement pornographique auquel ils donnent le nom de ''rencontre'' et de ''promesse'', reprochant à tous les participants d'avoir manqué la perception de la singularité personnelle de leur orgueil obèse demandant en permanence à être réconforté par des preuves incessantes de dévouement et de gentillesse de préférence de la part des plus ingénus des citadins ; nourriture la plus exquise du fait du mensonge pervers de l'illusion de noblesse réussie. Leur condescendance est sans borne pour l'érotisme analphabète préférant la parade nuptiale à la séduction sophistique. Rien ne les horrifie plus que de penser le nazisme sans sentimentalisme sans doute car ils ne reculent devant rien que comme face au fait de devoir prouver ce qu'ils sont autrement qu'en faisant illusion. Pourtant comment s'imaginer autrement un geste d'affection provenant d'un être tenant son corps pour ordure sinon comme empoisonné et polluant ? Ils ne comprendront donc jamais, eux qui pourtant sont si soucieux de leur environnement, que le suicide est dans leur cas un geste écologique. Non, car la lettre éveille en eux la joie coloniale de l'être civilisé se penchant avec condescendance sur les enfants ignares que sont ceux qui osent leur avouer en face qu'ils aiment se salir les mains dans le cambouis, la glèbe ou les flots salés. L'Afrique est pour eux l'amant impossible, comme le sont les basses castes pour les princesses gâtées jusqu'à la lie, comme le sont pour les classes moyennes de bonne réputation les sauvages qui n'ont que leur corps pour exprimer ce qu'ils pensent et leur nudité pour être sincère. Ainsi l'amour des fascistes de la lettre se résume à leur culpabilité permanente de n'être pas assez intelligent pour éradiquer la vulgarité de leur monde. C'est pourquoi si vous rencontrez un amoureux de la lettre bienveillant, un être joyeux de tuer le temps par ses lectures fastidieuses, ne cherchez pas à lui ouvrir votre cœur mais instruisez vous de son échec et volez lui ses passions afin de les recycler pour vous. La nature nous apprend à juger un arbre à ses fruits, ce qui tombe avec les OGM, la culture à juger un homme à ses lettres, ce qui tombe avec nos fascistes, et moi je propose de juger les êtres à ce qu'ils sont lorsqu'ils ont trop bu, à ce qu'ils font lorsqu'on les regarde se masturber et à ce qu'ils expriment lorsqu'on leur met l'extrémité d'un canon entre les lèvres : c'est-à-dire toutes les fois où ils ne peuvent plus se cacher derrière leur prétendue nudité.
I.D.
Master 1

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