Quand nous sommes confrontés à un sujet comme « l'amour commence avec l'amour »…
….il faut déjà se demander ce que signifie le commencement et aussi ce que recouvre le concept amour. La phrase l'amour commence avec l'amour sous-entend en effet un examen de l'origine de l'amour, une explicitation de la genèse de l'amour. L'on peut être frappé par l'apparente tautologie de la phrase l'amour commence par l'amour car nous sommes comme dans un schéma rétroflexe ou autosuffisant, en d'autres termes, il commencerait par l'amour et se finirait sur l'amour? L'amour et rien d'autre? Et puis d'ailleurs comment déceler l'amour, est-ce justement à son commencement qu'on décèle l'amour ou non? Serait-il possible de l'éprouver sans être en pleine conscience de ce ressenti? Est-ce, même si la phrase l'amour commence avec l'amour semble nous mettre sur la piste de l'élément premier de l'amour, est-ce que cela est avéré, est-ce que cela est vrai que l'amour commence en effet par là, en d'autres termes, n'y a t'il pas d'autres possibilités d'émergence de l'amour? Ou, autrement dit, n'est-il possible qu'en commençant par l'amour de ressentir de l'amour? Sous quelles conditions l'amour serait-il rendu ou possible ou impossible?
Donc, nous en venons aux prises avec l'amour, sa définition ; qu'est-ce que l'amour? (…)
L'amour ; ne peut-on pas dire qu'il est un sentiment, c'est-à-dire par là qu'il s'éprouve, il se ressent ; c'est quelque chose qui fait que nous entretenons une relation hors du commun avec un objet (au sens psychologique du terme), c'est-à-dire, j'ai failli opter ou pour le terme 'spécial' ou pour le terme 'particulier' mais les étants ou les existants étant nécessairement uniques, ils sont particuliers en soi, donc on ne peut pas vraiment qualifier de relation comme étant unique ou particulière ou spéciale, puisqu'elles le sont toutes. Comme chaque étant ou existant l'est. Donc, chaque relation est spéciale à sa façon.
Nous sommes ici en prises avec une première difficulté, qui n'est autre que le fait d'avoir un avis sur l'amour mais de ne pas pouvoir lui rendre autant d'exactitude qu'on ne le voudrait, via le verbal ; en d'autres termes, l'amour ferait partie de l'indicible, quelque part. Mais nous aurons l'occasion d'y revenir. Par ailleurs, vous remarquerez que la tâche qui consiste à définir le sentiment n'est pas plus évidente, essayons, néanmoins : le sentiment, ne pourrait-on pas dire qu'il est une émotion, une chose qui se ressent, qui s'éprouve, quelque chose qui affecte. Mais qui affecte quoi ? Notre jugement, peut-être ou sans doute ; en tout cas, qui affecte justement la nature de la relation, qui la fait basculer ; qui fait basculer la relation interindividuelle ou interexistencielle dans un autre ordre (le fameux cadre spécial ou particulier dont je vous parlais auparavant).
La seconde difficulté réside donc ici : nous sommes en proie ici à devoir définir l'indéfinissable, d'une part et d'autre part une chose ou un étant qui est nécessairement unique ou vécu de manière empirique ou particulière ou subjective et donc, il va falloir tâcher d'abstraire une généralité de tous ces particuliers. En d'autres termes, il en ressort que l'amour est un sentiment qui fait que la relation avec l'altérité est encore plus spéciale que spéciale, donc, l'on pourrait dire hyperspéciale ou hyperparticulière.
On ne peut pas vraiment dire que la relation d'amour soit ordinaire ou commune ou habituelle (nous avons vu la raison de cela précédemment). Concrètement, l'on décline ses émotions avec des mots verbaux ou des verbes comme aimer ou apprécier ou détester ou haïr mais est-ce que tout ceci a un sens clair et précis et exact? Ou sont-ils, comme l'amour lui-même difficilement cernables? En d'autres termes, à chaque fois qu'on utilise ou que l'on lit l'un de ces verbes, est-ce que nous sommes garantis d'avoir saisi le sens qui était en jeu? Peut-on mettre sur un niveau d'égalité le fait d'apprécier un morceau de musique et le fait d'apprécier être avec une créature ou un entité vivante? (…)
Aimer serait une espèce de médiété entre les deux autres formes de liens ou de relations entre un objet et un autre objet. J'aime X, Y, Z, je n'en suis pas inférieur mais a contrario, j'en suis son égal et donc, ce sentiment peut être réciproque ou mutuel. Et apprécier, par contre, là, c'est un petit peu prendre la position de la divinité quand on dit 'je t'adore' et qu'on assoie son infériorité face à ce que nous adorons, en d'autres termes, je me pose comme supérieur à l'objet apprécié, ce qui est apprécié est inférieur à moi, tout comme je suis inférieur à ce que j'adore, et je suis l'égal de ce que j'aime. Il y a cette connotation là. Il y a non seulement du degré dans la puissance du sentiment ou la forme qu'il revêt mais également une place que l'on occupe envers l'objet qui reçoit ce sentiment.
Il y a, bien évidemment, l'amour fraternel, l'amour amical, l'amour charnel, l'amour dit 'innocent' ou 'platonique'... L'amour fraternel ou maternel est le même sentiment (enfin, à supposer que le même existe mais posons cela) sauf qu'il s'agit d'un lien entre deux personnes issues d'une famille donnée. L'amour amical, c'est analogue, sauf que cela est un liant entre 2 personnes qui ne sont pas communes à la famille donnée. L'amour charnel, comme son nom l'indique aussi est une espèce de passion, de joie, de recherche des plaisirs de la chair (des plaisirs et sensuels, et sensoriels et sexuels). L'amour innocent s'oppose un tantinet à l'amour charnel, enfin, vulgairement. Car il suppose une attention particulière ou spéciale envers un objet mais qui n'a aucune visée charnelle. Mais il faut encore remarquer ici que le fait de qualifier cet amour d'innocent ou de non-innocent est une résurgence de la morale judéo-chrétienne (hélas, oui, j'en ai peur) : pour rappel, ou pour information, l'acte sexuel est perçu comme mauvais, comme à proscrire, comme étant l'une des multiples tentations que l'humanité doit éviter. La morale judéo-chrétienne affiche sans vergogne sa préférence pour le 'pur' mais enfin, cela reste un point-de-vue, une hiérarchisation des amours possibles (…).
Qui peut se permettre de faire ce geste, en imposant que son point-de-vue est l'exactitude ou la raison même à ce sujet ? Si c'est typiquement quelque chose, en tout cas, ce que l'on peut dire c'est que c'est plutôt ou ouvertement typiquement judéo-chrétien de penser que cette union (l’inceste) est impure et qu'il existe des unions pures et impures et bien plus loin encore, que cette distinction est fondée. Une dernière note à ce sujet : je vous invite à être émerveillés par une œuvre comme celle de YUKI Kaori-san, qui porte le nom ou le titre Angel Sanctuary ou Tenshi kinryôku (c'est tout bonnement magnifique de constater que l'amour peut justement transcender les soit-disants « barrières » et ici, il s'agit bien évidemment des obstacles que les autres tentent d'infliger à l'union). (…)
Reprenons, le débat de l'amour, décliné sous une pseudo-forme pure / impure fait aussi allusion aux amours dites homosexuelles et transsexuelles, qui, hélas elles aussi souffrent de méprise, de mécompréhension, de stigmatisation injustifiées et injustes. L'on revient sur le débat est-ce que le même existe, est-ce qu'en d'autres termes l'identité ou le principe d'identité (donc l'identité au sens logique est déclinable chez les existants et plus précisément chez les vivant-e-s) ? Débat ou réflexion que j'affectionne particulièrement également... Comme dans le cas de l'inceste, qui, par le choix du terme inceste dénote un jugement, l'utilisation de l'épithète homosexuelles accolé au nom ou substantif amours dénote déjà une conception sur la chose que l'on voulait dire. Etymologiquement, le préfixe 'homo' signifie même ou identique et la partie sexuelles du mot homosexuelles signifie, stricto sensu qu'il s'agit d'une orientation sexuelle. Et encore, je vous accorde beaucoup d'objections à cet égard car de nombreuses définitions sont possibles et elles sont tout aussi acceptables les unes que les autres mais, pour simplifier la tâche qui nous occupe ou la discussion, s'il fallait ne retenir qu'une seule définition, disons que nous nous focaliserions sur celle-ci. En outre, l'on peut constater que l'émergence de ce mot (homosexuel) se fait dans les travaux de Sigmund Freud, qui a été l'un des plus grands penseurs à afficher son hostilité de fait contre ce qu'il a lui-même appelé homosexuel. Parallèlement, le terme homosexuel et toutes ses déclinaisons, est en soi irrespectueux et renvoie à l'idéologie freudienne et au contexte d'émergence du terme radical (dans le sens c'est la racine) mais également aux diverses déclinaisons du terme radical (dans le sens racine) [homosexualités, homosexuel, homosexuelle, homosexuels, homosexuelles, homosexuellement...] Plus précisément, en parlant de l'idéologie freudienne (car il ne nous reste plus qu'à clarifier celle-ci, puisque nous venons de brièvement esquissé le contexte d'émergence) : pour rappel ou pour information, Freud regarde toutes les sexualités non hétérosexuelles (terme que nous lui devons) comme déviantes, comme pathologiques et comme anormales.
Mais, enfin, rassurez-vous, il n'est guère agréable, envers qui que ce soit : nous sommes tous des pervers polymorphes à l'enfance et des personnes qui devraient refouler leurs désirs, donc, de ce strict point-de-vue, tout est problématique avec lui, tout est pathologique, nous avons toujours un problème.
Plus précisément, au sujet de la déviance dont il parle (je ne fais ici que reprendre les termes employés et les choix de mots), il établit que les hétérosexualités sont ce que tout le monde devrait suivre et doit suivre et que donc, si ce n'est pas le cas c'est qu'il y a problème et donc, il cherche l'origine de l'émergence des désirs non hétérosexuels, il se pose la question du pourquoi ou de la genèse ou de la racine ou du fondement ou de l'origine justement, parce qu'il a un regard pathologisant. Pour lui, le désir autre que de forme hétérosexuelle ne peut se justifier que par un traumatisme, quelque chose qui n'aurait pas du se passer mais s'est passé quand même et torture la personne qui va le consulter et qui sera guérie par la cure de parole, c'est-à-dire en consentant à revivre ses propres traumatismes rien qu'en y songeant car devant en parler au psychanalyste qu'est Freud.
Cela dit, l'on peut se demander comment l'on peut juger de manière systématique un désir d'une certaine forme qui est exprimé ou vécu disons, dans le passé ou antérieurement comme étant problématique alors même que la personne qui consulte ne souffre pas directement de celui-ci, en d'autres termes, est-ce nécessairement le désir, peu importe sa forme qui est traumatisant ? N'est-ce pas attendu qu'une personne qui vit ou survit à un acte violent -quand bien même celui-ci soit perçu comme normal par les thérapeutes- laisse la personne traumatisée ? N'est-ce pas pour le coup 'normal' qu'une personne qui a vécu quelque chose de violent en soit traumatisée ? Et ne serait-ce pas de la mauvaise foi que de rejeter la faute sur la personne qui est traumatisée, en lui objectant dans la figure que celle-ci n'est pas normale, dans sa réaction, dans son ressenti ? N'est-ce pas une infraction à la logique que de percevoir ce qui est traumatisant, terrible, violent pour la patientèle comme quelque chose de normal, de bien, d'attendu ? En effet, si la chose est vécue comme étant traumatisante, c'est qu'il y a certainement une raison pour que celle-ci soit vécue de la sorte et il semble plutôt normal ou attendu qu'une personne qui a souffert d'une chose (peu importe la chose) cherche à la fuir ? Chat échaudé craint l'eau froide, nous disait Wittgenstein. D'autres disaient 'une fois, c'est une erreur, deux fois, c'est une faute' ; pour la philosophie antique, platonicienne, notamment, l'on désire de manière naturelle ce qui nous est bénéfique et l'on fuit naturellement ce qui nous est maléfique. Cela n'est pas sans contredire le simple principe de conservation ou le conatus spinozien ou spinoziste comme quoi : tout être persévère dans son état. (…)
Alors, reprenons sur le débat du même : si et seulement si le champ des étants ou les étants tout court ou les entités sont uniques et ce de manière nécessaire, alors, le concept même d'identité ou de même s'en retrouve fortement ébranlé, voire compromis. Que disons-nous derrière le même, l'identité ? C'est justement, comme nous l'avons brossé plus haut le préfixe 'homo' dans le champ sémantique des homosexualités qui pose problème car vous comprendrez bien, effectivement que si et seulement si le concept de même ou d'identique n'est pas, on ne comprend pas tellement comment certain-e-s pourraient coller l'épithète homosexuelles à telle ou telle union. Si et seulement si le même ou le principe d'identité désigne et nous sommes enclin-e-s à le penser quelque chose qui soit non pas simplement analogue ou ressemblant mais égal en tout point à une 'autre' chose ; et bien, nous irions jusqu'à nous méprendre sur l'identité particulière des deux choses, jusqu'à les confondre totalement et à les confondre, de sorte qu'en fait, il n'y a bien qu'une seule et unique chose. Pour commencer, il n'y aurait pas d'identité particulière et il n'y aurait pas d'autre chose, il n'y aurait pas d'autre tout court, il n'y aurait pas d'unique et il n'y aurait pas de soi qui soit propre et tout serait stricto sensu lié, pour ne faire qu'une seule et unique chose, et donc, elle serait informe et informée. Donc, à la question est-ce légitime de parler d'unions homosexuelles et hétérosexuelles ? Je répondrais très franchement, non, cela n'est pas légitime, cela n'est pas justifié, cela est une erreur, voire une faute et cela ne devrait pas être.
Si et seulement l'amour = l'amour, peu importe sa forme, sa concrétude,
sa traduction, son existence, il est nécessairement égal à lui-même, auquel cas, contrairement à ce que la morale judéo-chrétienne tente de dire, elle est dans le tort et dans le faux car une chose donnée ne peut qu'être égale à elle-même et donc, si et seulement si l'amour = l'amour alors toutes ses formes sont acceptables et aucune classification, aucune hiérarchisation n'est légitime, légitimable, défendable, justifiable.
D'où l'on peut conclure qu'en fait l'amour en lui-même, est, non seulement indicible ou presque mais qu'en plus il est tout simplement injustifiable. Son caractère indéfendable ou injustifiable se fait jour ou se sent ou s'éprouve par le simple fait qu'à la question peut-on avancer une raison, peut-on justifier avec un raisonnement un amour ? Nous serions bien obligés de constater qu'aucune raison (au sens rationnelle, raisonnable) ne peut être fourni pour venir défendre l'amour ou sa forme réelle ou ses formes possibles. En d'autres termes, si l'on voulait faire un jeu de mots, s'il y a quelque chose de polymorphe ici, il s'agit vraisemblablement, je dis bien vraisemblablement de l'amour. L'on ne saurait, donc, déduire par le calcul pur ou par la logique (en tant que discipline) pourquoi cet existant est et existe ou, autrement dit, pour quelle raison il se fait jour. D'ailleurs, se fait-il vraiment jour ? Sans vouloir être ironique, peut-être que l'amour n'existe pas. Peut-être que nous ne faisons que brasser du vent (mais le vent, ce n'est pas rien). (…) Nous l'avons survolé, je le crains, mais au balbutiement de notre présente conversation, il était justement question de l'altérité, et bien que nous ayons effleuré le sujet de l'identité, du principe d'identité, du même, nous n'avons pas encore dit mot sur l'altérité, qui est pourtant son pendant.
Pour vous rafraîchir la mémoire, ou resituer la discussion dans laquelle nous allons nous engouffrer à présent, nous avions dit, de manière superficielle que l'amour stipulait un objet (enfin le verbe n'était pas celui-ci mais passons, ce n'est qu'un détail, me le concéderez-vous?). La question qui nous agite est donc, s'agit-il donc d'un sentiment ou autonome ou hétéronome ? En d'autres termes, est-il vraiment auto-suffisant ? L'amour est-il rétroflexe ? La réponse semble assez délicate et épineuse : j'éprouve une position ambiguë à cet égard car s'il est rétroflexe, on ne peut pas vraiment dire qu'il ait un objet ou en tout cas, il en a un mais comme il est auto-suffisant, cela voudrait dire qu'il a un but mais qu'il le rate ou manque inexorablement. Ce qui semble assez étrange. Si, deuxième possibilité, il n'est pas auto-suffisant, il a en effet un dessein ou une finalité avérée et il a une chance d'atteindre ou son dessein, ou sa finalité.
En fait, je dirais que pour sortir de cette ambigüité, ou de cette impasse, le fait d'avoir un objet, même si, admettons celui-ci peut-être lui-même ne constitue pas pour autant l'aveu d'une quelconque inefficacité et qu'il a plutôt tendance à être rétroflexe, par défaut. Avoir un objet, même si cet objet, c'est soi-même, c'est déjà avoir un objet mais comme ça renvoie à soi-même, ce n'est pas à proprement parler un objet qui soit autre, ce n'est pas un objet issu de l'altérité donc, c'est à inclination rétroflexe mais cela n'empêche pas d'avoir, en supplément, disons un objet autre, mais que justement, irréductiblement, il y a le fait de viser soi-même : c'est pourquoi l'on peut dire que l'amour commence avec l'amour (le début ou le commencement se confond avec et la fin en tant que finalité et la fin en tant qu'achèvement). L'amour commence avec l'amour ; l'amour se finit avec l'amour ; l'amour vise l'amour ?
Chrys M L2
….il faut déjà se demander ce que signifie le commencement et aussi ce que recouvre le concept amour. La phrase l'amour commence avec l'amour sous-entend en effet un examen de l'origine de l'amour, une explicitation de la genèse de l'amour. L'on peut être frappé par l'apparente tautologie de la phrase l'amour commence par l'amour car nous sommes comme dans un schéma rétroflexe ou autosuffisant, en d'autres termes, il commencerait par l'amour et se finirait sur l'amour? L'amour et rien d'autre? Et puis d'ailleurs comment déceler l'amour, est-ce justement à son commencement qu'on décèle l'amour ou non? Serait-il possible de l'éprouver sans être en pleine conscience de ce ressenti? Est-ce, même si la phrase l'amour commence avec l'amour semble nous mettre sur la piste de l'élément premier de l'amour, est-ce que cela est avéré, est-ce que cela est vrai que l'amour commence en effet par là, en d'autres termes, n'y a t'il pas d'autres possibilités d'émergence de l'amour? Ou, autrement dit, n'est-il possible qu'en commençant par l'amour de ressentir de l'amour? Sous quelles conditions l'amour serait-il rendu ou possible ou impossible?
Donc, nous en venons aux prises avec l'amour, sa définition ; qu'est-ce que l'amour? (…)
L'amour ; ne peut-on pas dire qu'il est un sentiment, c'est-à-dire par là qu'il s'éprouve, il se ressent ; c'est quelque chose qui fait que nous entretenons une relation hors du commun avec un objet (au sens psychologique du terme), c'est-à-dire, j'ai failli opter ou pour le terme 'spécial' ou pour le terme 'particulier' mais les étants ou les existants étant nécessairement uniques, ils sont particuliers en soi, donc on ne peut pas vraiment qualifier de relation comme étant unique ou particulière ou spéciale, puisqu'elles le sont toutes. Comme chaque étant ou existant l'est. Donc, chaque relation est spéciale à sa façon.
Nous sommes ici en prises avec une première difficulté, qui n'est autre que le fait d'avoir un avis sur l'amour mais de ne pas pouvoir lui rendre autant d'exactitude qu'on ne le voudrait, via le verbal ; en d'autres termes, l'amour ferait partie de l'indicible, quelque part. Mais nous aurons l'occasion d'y revenir. Par ailleurs, vous remarquerez que la tâche qui consiste à définir le sentiment n'est pas plus évidente, essayons, néanmoins : le sentiment, ne pourrait-on pas dire qu'il est une émotion, une chose qui se ressent, qui s'éprouve, quelque chose qui affecte. Mais qui affecte quoi ? Notre jugement, peut-être ou sans doute ; en tout cas, qui affecte justement la nature de la relation, qui la fait basculer ; qui fait basculer la relation interindividuelle ou interexistencielle dans un autre ordre (le fameux cadre spécial ou particulier dont je vous parlais auparavant).
La seconde difficulté réside donc ici : nous sommes en proie ici à devoir définir l'indéfinissable, d'une part et d'autre part une chose ou un étant qui est nécessairement unique ou vécu de manière empirique ou particulière ou subjective et donc, il va falloir tâcher d'abstraire une généralité de tous ces particuliers. En d'autres termes, il en ressort que l'amour est un sentiment qui fait que la relation avec l'altérité est encore plus spéciale que spéciale, donc, l'on pourrait dire hyperspéciale ou hyperparticulière.
On ne peut pas vraiment dire que la relation d'amour soit ordinaire ou commune ou habituelle (nous avons vu la raison de cela précédemment). Concrètement, l'on décline ses émotions avec des mots verbaux ou des verbes comme aimer ou apprécier ou détester ou haïr mais est-ce que tout ceci a un sens clair et précis et exact? Ou sont-ils, comme l'amour lui-même difficilement cernables? En d'autres termes, à chaque fois qu'on utilise ou que l'on lit l'un de ces verbes, est-ce que nous sommes garantis d'avoir saisi le sens qui était en jeu? Peut-on mettre sur un niveau d'égalité le fait d'apprécier un morceau de musique et le fait d'apprécier être avec une créature ou un entité vivante? (…)
Aimer serait une espèce de médiété entre les deux autres formes de liens ou de relations entre un objet et un autre objet. J'aime X, Y, Z, je n'en suis pas inférieur mais a contrario, j'en suis son égal et donc, ce sentiment peut être réciproque ou mutuel. Et apprécier, par contre, là, c'est un petit peu prendre la position de la divinité quand on dit 'je t'adore' et qu'on assoie son infériorité face à ce que nous adorons, en d'autres termes, je me pose comme supérieur à l'objet apprécié, ce qui est apprécié est inférieur à moi, tout comme je suis inférieur à ce que j'adore, et je suis l'égal de ce que j'aime. Il y a cette connotation là. Il y a non seulement du degré dans la puissance du sentiment ou la forme qu'il revêt mais également une place que l'on occupe envers l'objet qui reçoit ce sentiment.
Il y a, bien évidemment, l'amour fraternel, l'amour amical, l'amour charnel, l'amour dit 'innocent' ou 'platonique'... L'amour fraternel ou maternel est le même sentiment (enfin, à supposer que le même existe mais posons cela) sauf qu'il s'agit d'un lien entre deux personnes issues d'une famille donnée. L'amour amical, c'est analogue, sauf que cela est un liant entre 2 personnes qui ne sont pas communes à la famille donnée. L'amour charnel, comme son nom l'indique aussi est une espèce de passion, de joie, de recherche des plaisirs de la chair (des plaisirs et sensuels, et sensoriels et sexuels). L'amour innocent s'oppose un tantinet à l'amour charnel, enfin, vulgairement. Car il suppose une attention particulière ou spéciale envers un objet mais qui n'a aucune visée charnelle. Mais il faut encore remarquer ici que le fait de qualifier cet amour d'innocent ou de non-innocent est une résurgence de la morale judéo-chrétienne (hélas, oui, j'en ai peur) : pour rappel, ou pour information, l'acte sexuel est perçu comme mauvais, comme à proscrire, comme étant l'une des multiples tentations que l'humanité doit éviter. La morale judéo-chrétienne affiche sans vergogne sa préférence pour le 'pur' mais enfin, cela reste un point-de-vue, une hiérarchisation des amours possibles (…).
Qui peut se permettre de faire ce geste, en imposant que son point-de-vue est l'exactitude ou la raison même à ce sujet ? Si c'est typiquement quelque chose, en tout cas, ce que l'on peut dire c'est que c'est plutôt ou ouvertement typiquement judéo-chrétien de penser que cette union (l’inceste) est impure et qu'il existe des unions pures et impures et bien plus loin encore, que cette distinction est fondée. Une dernière note à ce sujet : je vous invite à être émerveillés par une œuvre comme celle de YUKI Kaori-san, qui porte le nom ou le titre Angel Sanctuary ou Tenshi kinryôku (c'est tout bonnement magnifique de constater que l'amour peut justement transcender les soit-disants « barrières » et ici, il s'agit bien évidemment des obstacles que les autres tentent d'infliger à l'union). (…)
Reprenons, le débat de l'amour, décliné sous une pseudo-forme pure / impure fait aussi allusion aux amours dites homosexuelles et transsexuelles, qui, hélas elles aussi souffrent de méprise, de mécompréhension, de stigmatisation injustifiées et injustes. L'on revient sur le débat est-ce que le même existe, est-ce qu'en d'autres termes l'identité ou le principe d'identité (donc l'identité au sens logique est déclinable chez les existants et plus précisément chez les vivant-e-s) ? Débat ou réflexion que j'affectionne particulièrement également... Comme dans le cas de l'inceste, qui, par le choix du terme inceste dénote un jugement, l'utilisation de l'épithète homosexuelles accolé au nom ou substantif amours dénote déjà une conception sur la chose que l'on voulait dire. Etymologiquement, le préfixe 'homo' signifie même ou identique et la partie sexuelles du mot homosexuelles signifie, stricto sensu qu'il s'agit d'une orientation sexuelle. Et encore, je vous accorde beaucoup d'objections à cet égard car de nombreuses définitions sont possibles et elles sont tout aussi acceptables les unes que les autres mais, pour simplifier la tâche qui nous occupe ou la discussion, s'il fallait ne retenir qu'une seule définition, disons que nous nous focaliserions sur celle-ci. En outre, l'on peut constater que l'émergence de ce mot (homosexuel) se fait dans les travaux de Sigmund Freud, qui a été l'un des plus grands penseurs à afficher son hostilité de fait contre ce qu'il a lui-même appelé homosexuel. Parallèlement, le terme homosexuel et toutes ses déclinaisons, est en soi irrespectueux et renvoie à l'idéologie freudienne et au contexte d'émergence du terme radical (dans le sens c'est la racine) mais également aux diverses déclinaisons du terme radical (dans le sens racine) [homosexualités, homosexuel, homosexuelle, homosexuels, homosexuelles, homosexuellement...] Plus précisément, en parlant de l'idéologie freudienne (car il ne nous reste plus qu'à clarifier celle-ci, puisque nous venons de brièvement esquissé le contexte d'émergence) : pour rappel ou pour information, Freud regarde toutes les sexualités non hétérosexuelles (terme que nous lui devons) comme déviantes, comme pathologiques et comme anormales.
Mais, enfin, rassurez-vous, il n'est guère agréable, envers qui que ce soit : nous sommes tous des pervers polymorphes à l'enfance et des personnes qui devraient refouler leurs désirs, donc, de ce strict point-de-vue, tout est problématique avec lui, tout est pathologique, nous avons toujours un problème.
Plus précisément, au sujet de la déviance dont il parle (je ne fais ici que reprendre les termes employés et les choix de mots), il établit que les hétérosexualités sont ce que tout le monde devrait suivre et doit suivre et que donc, si ce n'est pas le cas c'est qu'il y a problème et donc, il cherche l'origine de l'émergence des désirs non hétérosexuels, il se pose la question du pourquoi ou de la genèse ou de la racine ou du fondement ou de l'origine justement, parce qu'il a un regard pathologisant. Pour lui, le désir autre que de forme hétérosexuelle ne peut se justifier que par un traumatisme, quelque chose qui n'aurait pas du se passer mais s'est passé quand même et torture la personne qui va le consulter et qui sera guérie par la cure de parole, c'est-à-dire en consentant à revivre ses propres traumatismes rien qu'en y songeant car devant en parler au psychanalyste qu'est Freud.
Cela dit, l'on peut se demander comment l'on peut juger de manière systématique un désir d'une certaine forme qui est exprimé ou vécu disons, dans le passé ou antérieurement comme étant problématique alors même que la personne qui consulte ne souffre pas directement de celui-ci, en d'autres termes, est-ce nécessairement le désir, peu importe sa forme qui est traumatisant ? N'est-ce pas attendu qu'une personne qui vit ou survit à un acte violent -quand bien même celui-ci soit perçu comme normal par les thérapeutes- laisse la personne traumatisée ? N'est-ce pas pour le coup 'normal' qu'une personne qui a vécu quelque chose de violent en soit traumatisée ? Et ne serait-ce pas de la mauvaise foi que de rejeter la faute sur la personne qui est traumatisée, en lui objectant dans la figure que celle-ci n'est pas normale, dans sa réaction, dans son ressenti ? N'est-ce pas une infraction à la logique que de percevoir ce qui est traumatisant, terrible, violent pour la patientèle comme quelque chose de normal, de bien, d'attendu ? En effet, si la chose est vécue comme étant traumatisante, c'est qu'il y a certainement une raison pour que celle-ci soit vécue de la sorte et il semble plutôt normal ou attendu qu'une personne qui a souffert d'une chose (peu importe la chose) cherche à la fuir ? Chat échaudé craint l'eau froide, nous disait Wittgenstein. D'autres disaient 'une fois, c'est une erreur, deux fois, c'est une faute' ; pour la philosophie antique, platonicienne, notamment, l'on désire de manière naturelle ce qui nous est bénéfique et l'on fuit naturellement ce qui nous est maléfique. Cela n'est pas sans contredire le simple principe de conservation ou le conatus spinozien ou spinoziste comme quoi : tout être persévère dans son état. (…)
Alors, reprenons sur le débat du même : si et seulement si le champ des étants ou les étants tout court ou les entités sont uniques et ce de manière nécessaire, alors, le concept même d'identité ou de même s'en retrouve fortement ébranlé, voire compromis. Que disons-nous derrière le même, l'identité ? C'est justement, comme nous l'avons brossé plus haut le préfixe 'homo' dans le champ sémantique des homosexualités qui pose problème car vous comprendrez bien, effectivement que si et seulement si le concept de même ou d'identique n'est pas, on ne comprend pas tellement comment certain-e-s pourraient coller l'épithète homosexuelles à telle ou telle union. Si et seulement si le même ou le principe d'identité désigne et nous sommes enclin-e-s à le penser quelque chose qui soit non pas simplement analogue ou ressemblant mais égal en tout point à une 'autre' chose ; et bien, nous irions jusqu'à nous méprendre sur l'identité particulière des deux choses, jusqu'à les confondre totalement et à les confondre, de sorte qu'en fait, il n'y a bien qu'une seule et unique chose. Pour commencer, il n'y aurait pas d'identité particulière et il n'y aurait pas d'autre chose, il n'y aurait pas d'autre tout court, il n'y aurait pas d'unique et il n'y aurait pas de soi qui soit propre et tout serait stricto sensu lié, pour ne faire qu'une seule et unique chose, et donc, elle serait informe et informée. Donc, à la question est-ce légitime de parler d'unions homosexuelles et hétérosexuelles ? Je répondrais très franchement, non, cela n'est pas légitime, cela n'est pas justifié, cela est une erreur, voire une faute et cela ne devrait pas être.
Si et seulement l'amour = l'amour, peu importe sa forme, sa concrétude,
sa traduction, son existence, il est nécessairement égal à lui-même, auquel cas, contrairement à ce que la morale judéo-chrétienne tente de dire, elle est dans le tort et dans le faux car une chose donnée ne peut qu'être égale à elle-même et donc, si et seulement si l'amour = l'amour alors toutes ses formes sont acceptables et aucune classification, aucune hiérarchisation n'est légitime, légitimable, défendable, justifiable.
D'où l'on peut conclure qu'en fait l'amour en lui-même, est, non seulement indicible ou presque mais qu'en plus il est tout simplement injustifiable. Son caractère indéfendable ou injustifiable se fait jour ou se sent ou s'éprouve par le simple fait qu'à la question peut-on avancer une raison, peut-on justifier avec un raisonnement un amour ? Nous serions bien obligés de constater qu'aucune raison (au sens rationnelle, raisonnable) ne peut être fourni pour venir défendre l'amour ou sa forme réelle ou ses formes possibles. En d'autres termes, si l'on voulait faire un jeu de mots, s'il y a quelque chose de polymorphe ici, il s'agit vraisemblablement, je dis bien vraisemblablement de l'amour. L'on ne saurait, donc, déduire par le calcul pur ou par la logique (en tant que discipline) pourquoi cet existant est et existe ou, autrement dit, pour quelle raison il se fait jour. D'ailleurs, se fait-il vraiment jour ? Sans vouloir être ironique, peut-être que l'amour n'existe pas. Peut-être que nous ne faisons que brasser du vent (mais le vent, ce n'est pas rien). (…) Nous l'avons survolé, je le crains, mais au balbutiement de notre présente conversation, il était justement question de l'altérité, et bien que nous ayons effleuré le sujet de l'identité, du principe d'identité, du même, nous n'avons pas encore dit mot sur l'altérité, qui est pourtant son pendant.
Pour vous rafraîchir la mémoire, ou resituer la discussion dans laquelle nous allons nous engouffrer à présent, nous avions dit, de manière superficielle que l'amour stipulait un objet (enfin le verbe n'était pas celui-ci mais passons, ce n'est qu'un détail, me le concéderez-vous?). La question qui nous agite est donc, s'agit-il donc d'un sentiment ou autonome ou hétéronome ? En d'autres termes, est-il vraiment auto-suffisant ? L'amour est-il rétroflexe ? La réponse semble assez délicate et épineuse : j'éprouve une position ambiguë à cet égard car s'il est rétroflexe, on ne peut pas vraiment dire qu'il ait un objet ou en tout cas, il en a un mais comme il est auto-suffisant, cela voudrait dire qu'il a un but mais qu'il le rate ou manque inexorablement. Ce qui semble assez étrange. Si, deuxième possibilité, il n'est pas auto-suffisant, il a en effet un dessein ou une finalité avérée et il a une chance d'atteindre ou son dessein, ou sa finalité.
En fait, je dirais que pour sortir de cette ambigüité, ou de cette impasse, le fait d'avoir un objet, même si, admettons celui-ci peut-être lui-même ne constitue pas pour autant l'aveu d'une quelconque inefficacité et qu'il a plutôt tendance à être rétroflexe, par défaut. Avoir un objet, même si cet objet, c'est soi-même, c'est déjà avoir un objet mais comme ça renvoie à soi-même, ce n'est pas à proprement parler un objet qui soit autre, ce n'est pas un objet issu de l'altérité donc, c'est à inclination rétroflexe mais cela n'empêche pas d'avoir, en supplément, disons un objet autre, mais que justement, irréductiblement, il y a le fait de viser soi-même : c'est pourquoi l'on peut dire que l'amour commence avec l'amour (le début ou le commencement se confond avec et la fin en tant que finalité et la fin en tant qu'achèvement). L'amour commence avec l'amour ; l'amour se finit avec l'amour ; l'amour vise l'amour ?
Chrys M L2
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