Il apparait dans la rencontre avec autrui, mais pas n’importe quel autre. Celui qu’on aime se distingue de la masse mouvante, indéterminée, il est l’autre. Ce qui le différencie c’est son charme insondable. L’infini intouchable de l’altérité, ce qui le fait être autre. C’est ce à quoi fait référence Jean-Luc Nancy lorsqu’il dit « Aimer c’est toucher l’ouvert.» dans Corpus. L’autre-aimé est cette ouverture intouchable, une tentation de l’âme. On ne peut toucher l’infini de l’autre, on y entre à tâtons comme l’enfant innocent, sans savoir ce qu’il adviendra, car le véritable amour se passe de projections, il n’est que joie dans le présent, du moins au commencement.
L’amour commence avec l’amour car il est pur présent, innocence, aucun plan, aucune volonté ne peut le précéder. La rencontre de l’autre est une rupture dans sa temporalité. Nous avons une temporalité quotidienne fait de souvenirs de son passé remémorés, d’actes conscients dans son présent, et de projections par l’imaginaire dans son futur. Ce temps quotidien a une saveur, une chaleur ou froideur connue en tant qu’il est vécu. Mais qu’est-ce que l’instant de l’amour si ce n’est cette suspension de son temps quotidien? Il vient des tréfonds de notre être tel un surgissement de vie.
Il y a une renaissance dans l’amour, ce n’est plus le même temps, il est intense, savoureux, vibrant, c’est le temps d’un autre. Plongé dans les pensées relatives à sa vie, les tracas du quotidien, les projets qui nous tiennent à cœur, les pensées ordinaires ou plus profondes, la rencontre de l’autre vient remplir jusqu’au débordement notre pensée.
A cet instant il n’y a plus que pensée de l’autre-aimé. Elle semble si intense qu’elle parait trop grande pour soi. L’autre est la découverte de la grandeur de soi. Au commencement de l’amour je deviens un autre homme, c’est le temps d’un autre, joie d’un présent intense, l’humeur d’un autre, joie innocente, la pensée d’un autre, un soi plus vaste rempli par l’autre-aimé. Mais cet infini propre à l’altérité ne se limite pas seulement à une intériorité, au rapport de l’autre à son être, ses sentiments, ses pensées, il y a l’extimité du rapport de l’autre à son monde. Il nous apparait bien plus vaste que les limites de son corps, il est paysage. Ce paysage, cette extimité est l’ensemble des relations intimes que l’autre entretient avec le monde extérieur et qui le fait devenir son monde.
Monde intriguant et éblouissant, on est dépaysé par l’autre, il vient changer notre regard sur le monde. Il modifie notre rapport au monde, on ne réagit plus de la même manière face aux mêmes phénomènes. On n’est pas simplement charmé par un corps, aussi beau soit-il, le corps n’est que l’accès à l’insondable beauté de l’autre. L’amour n’éclot que si l’on aime se perdre dans les charmes des infinis, d’elle ou de lui, intime et extime. C’est dans l’infini distance de soi à l’autre que réside l’amour.
Marc V, L3, 2012

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