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La démocratie, une utopie?



       

Avant de discuter plus en détails de la question qui consiste à savoir si la démocratie est une utopie, il conviendrait de définir ce qu'est d'une part, la démocratie, puis d'autre part de définir ce qu'est l'utopie. Etymologiquement, la démocratie est un mot issu de la langue grecque ancienne qui désigne d'un côté le peuple (demos) et de l'autre le pouvoir (kratos - kratein), stricto sensu, cela signifie donc un pouvoir politique dans lequel le peuple, les citoyen-ne-s règnent. Quant à l'utopie, c'est un mot qui vient du grec ancien également, qui signifie nulle part (ou - topia), le lieu inexistant. Ainsi, se poser la question de l'inexistence de la démocratie se décline, aussi bien dans un contexte idéologique que dans un contexte entièrement concret. Nous serons donc confronté-e-s à la question principale de la démocratie, quelles sont ses réalisations actuelles et d'antan et surtout comment pourrait-elle être davantage respectée - c'est-à-dire obtenir une réalisation plus complète que celles qui ont déjà pu être observées ou vécues jusque là. Mais, bien évidemment, la polémique ici est tout simplement la suivante : si et seulement si la démocratie est une utopie (les deux termes pris au sens littéral) alors, comment peut-on espérer la rendre réelle, effective, concrétisée un jour? C'est-à-dire qu'en d'autres termes, ou elle, la démocratie est strictement utopique et n'est qu'un rêve ou bien elle est réalisable et de facto elle n'est pas utopique.

Il serait erroné de croire que la démocratie est une invention moderne et encore moins contemporaine; l'on peut en être étonné-e, cependant la démocratie est un système politique très vieux, en effet, dans la Rome ainsi que dans la Grèce antiques, l'on sait, grâce à des textes historiques, mais aussi philosophiques qu'elle existait déjà bien avant le siècle présent (21ième). Sauf qu'il convient de remarquer de fortes nuances entre disons sa réalisation première est celle qui est visible en ce moment : l'une des plus grandes si ce n'est la plus grande, nuance réside dans le fait que ce que l'on désigne comme peuple ou citoyen-ne avait davantage de restrictions à l'époque qu'aujourd'hui. En effet, en ce temps-là, seuls les Hommes mâles et ayant une certaine richesse étaient perçus comme des citoyens; il y a eu ensuite une refonte de l'application de ce système tout-au-long des 19ième siècle et du 20ième siècle pour arriver à une inclusion plus vaste de ce qu'on appelle les citoyen-ne-s ou le peuple.

Hélas, nous pouvons déplorer que la démocratie, même en ce moment ne soit pas plus ouverte (c'est-à-dire n'inclut pas davantage de personnes ou d'individu-e-s). Il ne faut pas oublier qu'il y a encore aujourd'hui des gens qui sont de facto marginalisé-e-s, paria, déchu-e-s de droits civiques : les personnes sans domicile fixe, les personnes n'ayant pas de papiers officiels (les personnes dites en séjour irrégulier, en d'autres termes), les animaux et animales véritablement perçu-e-s comme animaux.animales. Comme la plupart des idéologies, pour ne pas dire toutes les idéologies, il y a une énorme fracture entre la parole stipulée et ce qui en est fait : si la démocratie, sous sa forme idéologique et quand elle est pensée inclut de fait toute personne, on est forcé-e de constater que ce n'est pas le cas, dans les actes, dans la réalité, dans la vie quotidienne. L'on pourrait donc dire ou écrire aisément qu'on ne parle pas vraiment de zones de non-droit mais plutôt de période de non-droit et au fur et à mesure que l'idéologie se propage, que le discours se fait connaître, cette période de non-droit se réduit considérablement (c'est-à-dire que cette réduction du non-droit; les droits des oublié-e-s, sciemment oublié-e-s par les autres augmente).


Seules les personnes qui sont directement concernées et celles qui se sentent concernées par la potentielle mise au ban, se solidarisent en effet avec tou-te-s ces opprimé-e-s; on peut aussi inclure tous les sujets pensant à une autre notion forte de sens comme la fraternité, qui seraient prêtes, à leur tour à défendre l'idée que la démocratie doit inclure de plus en plus de gens. C'est ce qu'on appelle le sentiment communautaire (se sentir membre d'une communauté, et ce sentiment ou ce ressenti se fait de manière volontaire ou voulue). Et c'est-à-dire que sans la lutte activiste, militante, politique, sociétale, les 'choses' ne s'arrangeront pas. Autrement dit, les 'choses' ne s'améliorent pas d'elles-mêmes, de manière autonome, c'est-à-dire que l'impulsion d'amélioration doit être de source hétéronome. Nous pouvons être frappé-e-s de constater que le terme de suffrage universel a été instrumentalisé pour ne servir que qqs individu-e-s : il s'agit d'un suffrage universel mais qui, dans les faits n'est pas un suffrage universel, donc, c'est contre toute logique d'appeller une chose universelle quand elle n'est pas universelle. Cela n'est que du mensonge. Ou bien, cela signifiait, tout simplement, que l'univers se limite à certaines sociétés, c'est-à-dire que l'on cloisonne les époques, les gens suivant leur société d'appartenance, ou bien l'on les cloisonnait dans des classes sociales. L'on pourrait donc, légitimement appeller ce sentiment et ce comportement non plus de communautaire mais de communautaristes. Mettons que la communauté, voire les communautés dont "je" suis rattaché jouit ou jouissent de suffisamment de droit civiques, de reconnaissance et je n'ai pas besoin de lutter pour les autres : mais allons doucement, les autres ne sont perçu-e-s comme étant autres que par la personne qui dit le 'je' dans la pharse précédente, c'est uniquement le sujet égologique précédemment cité qui juge que l'état des choses est suffisant, pour elle-même. En effet, en excluant le cas d'une personne altruiste, d'une personne qui lutterait pour une extension plus large de la démocratie, celle dont on parle actuellement ne comprendra pas les motifs et surtout les raisons d'une lutte qui se passe encore pour certaines personnes pour la démocratie. Mais pourquoi donc continuer, dira t-elle, je jouis de droits civiques et je suis comblée? Oui, forcément, dirons-nous, si elle ne comprend pas, et si de surcroît, elle ne fait pas la démarche de se mettre à la place de son interlocuteur ou de son interlocutrice, elle s'ampute de la capacité même de compréhension; en vérité, elle ne devrait pas dire que la démocratie actuelle est suffisante car elle n'est pas suffisante pour beaucoup d'autres personnes qu'elle; c'est-à-dire qu'en d'autres termes, le monde ne se limite pas à son cas, personnel. Bien évidemment qu'il faut se donner les moyens de comprendre les autres, si l'altérité existe vraiment (c'est un autre débat) pour se donner des chances d'accéder à la compréhension.

Des auteur-e-s comme Montesquieu, Locke, Spinoza (qui pensait au consensus, à l'accord), Milton, Tocqueville, et bien d'autres ont pensé le contrat social, la politique et se sont donnés comme champ de réflexion le meilleur système politique. Et aussi étrange que cela puisse paraître, ce n'est justement pas le régime démocratique qui ressort comme étant le plus idoine. Platon, lui-même peut sembler être ouvertement opposé à la démocratie qu'il assimile comme étant la tyrannie du faible.

Montesquieu reste l'un des premiers penseurs à avoir écrit sur la séparation des trois pouvoirs, même si aujourd'hui nous parlons même d'un 4ième et d'un 5ième pouvoir. Hobbes, Locke, Milton, Spinoza, et Rousseau pensent avant-tout le contrat social, ou le pacte social mais honnêtement c'est plutôt la vision miltonienne qui me semble la plus légitime : il pensait que si le pouvoir, peu importe le régime est autoritaire, arbitraire, tyrannique, alors c'est au peuple et de son bon droit que de se révolter et que d'empêcher le mauvais traitement que le gouvernement fait subir au peuple, ou, en tout cas semble vouloir lui faire subir.

Hobbes n'était pas dupe non plus, n'était-ce pas lui qui avait pensé qu'homo lupus homini est (une locution latine), que l'on peut traduire en francophonie par l'humanité est une louve pour elle-même. Dans le darwinisme social, on parle même de dog eat dog competition - la rivalité dans laquelle l'on s'entretue et on consomme l'altérité afin de s'affirmer - plus de pouvoir, plus d'argent, plus de respectabilité, plus de gloire, plus de ... A l'infini, presque. Jusqu'à ce qu'on se fasse destituer dans le sang et la violence par un plus fort ou une plus forte que soi-même. Et est-ce que la démocratie a évacué cette dérive? Tout dépend de la situation qui est donnée à observation : quand on a une manifestation pacifique qui est faite, que les personnes opposées à la manifestation rouent de coups les personnes pacifiques et, encore pire, que les forces de l'ordre ne daignent réagir : il y a un probléme évident de démocratie. Car non seulement le droit de manifester, le droit de se réunir est un droit acquis à tout-e citoyen-ne, mais en plus les forces de l'ordre sont sensées faire respecter l'ordre, les règlements permettent-ils des agressions? Nous avons ici un exemple patent de viol démocratique. Il était question de la manifestation pacifique dans l'arène de Rodhilan, en France, le 09 Octobre dernier. C'est ce qu'on peut appeller l'abus de pouvoir, c'est la première dérive possible à l'exercice de la démocratie. C'est du même ordre qu'un-e professeur-e qui s'arroge le droit d'imposer arbitrairement la date d'un examen sur table sans le consentement préalable des sujet-te-s qui y sont soumis-es. Une autre illustration de vice de procédure, comme on dirait en justice.

La deuxième limite que l'on peut observer à l'application démocratique ou à l'exercice démocratique ou encore à la pratique démocratique, mais qui rejoint le précédent, à savoir l'abus de pouvoir, c'est bien évidemment ce qu'on appelle la démagogie, qui est définie comme l'utilisation de la flatterie, du compliment envers le peuple, dans l'unique but de se faire élire. C'est-à-dire ce que d'autres appelleraient de fin-e-s manipulateur-e-s, du vil actorat, ou encore les rhéteur-e-s et sophistes mal intentionné-e-s car ne visant que leur propre ascension, agissant aveuglément à l'oeuvre du dernier dessein évoqué (ascencion). Donc, il faut bien sûr espérer que les gens soient éduqué-e-s de manière à ne pas être dupes, à ne pas être trompé-e-s par les discours. S'exercer au scepticisme, dans le sens où il ne faut pas prendre pour argent comptant ce qu'on entend et ce qu'on lit : il faudrait suspendre son jugement jusqu'à ce que le discours soit suivi des faits. Nous défendons ici un scepticisme modéré mais qui semble pourtant à la fois vital et altruiste. A l'époque contemporaine, la démagogie peut être perçue par ce que l'on appelle des promesses électorales, c'est-à-dire des paroles tenues par les personnes qui aspirent au pouvoir politique, et qui, au final ne seront pas respectées une fois que ces personnes sont à la place leur conférant responsabilité-s. Bien évidemment, cet irrespect du discours tenu dans leur traduction actuelle, ce n'est pas du tout ou rien : il ne faudrait pas caricaturer la chose. Il faut quand même comprendre que si les personnes se font tromper, ce n'est pas forcément soit parce qu'elles sont crédules, soit parce qu'elles sont idéalistes (dans le sens commun ou vulgaire ou faible du terme), soit parce qu'elles sont dénuées de jugement critique, de sensibilité sceptique. A vrai dire, il y a fort à parier qu'ou les programmes électoraux ne sont pas lus, voire ne sont pas compris, voire ne sont pas compréhensibles, ou bien on peut aussi avancer l'hypothèse que la nuance entre le discours et les actes est tellement ténue ou infime qu'elle passe inaperçue, imperceptible pour la plupart. Donc, nous pourrions prendre un exemple, patent mais à quoi bon puisqu'il serait caricatural?

La troisième limite mais qui rejoint la toute première, à savoir l'abus de pouvoir, c'est bien évidemment la confusion possible entre le peuple et la majorité. Au vu de la définition de la démocratie, il semble évident qu'il ne s'agisse d'un pouvoir accordé à la majorité (qui s'apparente à l'oligarchie). Le peuple ne se réduit pas à la majorité, tout comme la majorité exclut le peuple, dans la mesure où elle ne comprend l'ensemble du peuple.

En conclusion de quoi, et nous l'avons esquissé dans notre propos introductif, nous pouvons dire que l'une des solutions à apporter à ce souci épineux de la réalisation de la pratique démocratique réside dans le fait de revendiquer, de militer, d'être activiste pour davantage de démocratie, de liberté, de pouvoir octroyé au peuple mais à tous les peuples, à tou-te-s sujet-te-s, à tout-e individu-e, et donc, cela implique un effacement de l'égoisme afin de céder la place à l'altruisme, cela revient à dire, se mettre à la place de l'autre, jusqu'à arriver à se sentir véritablement concerné-e, impliqué-e par les soucis des autres - n'est-il pas évident que l'on ne peut pas être amené-e à entendre (au sens de l'entendement) les soucis, les peines, les tribulations, les motivations de l'autre si l'on ne s'intéresse pas à son cas? Si l'on se pose des questions et si l'on pose des questions aux autres, cela dénnote une démarche pertinente et qui, au final, pourra conduire à remettre en question ce qui se fait (qui relève de l'abus) et à lutter pour que ce qui ne se fait pas (et qui devrait être fait) soit fait, en effet, même si cela n'améliorera que la situation de milliers d'individu-e-s dans un millier d'années.

Pour que la démocratie ne soit pas une utopie, pour qu'elle soit bénéfique, jouissive dirons-nous à toujours plus de personnes (et cela implique bien évidemment les animaux.animales, à terme). Si cela n'est pas possible, alors peut-être serait-il temps de changer de régime politique? Peut-on accepter d'appeller une démocratie quelque chose qui n'est pas démocratique, comme de la même manière d'autres personnes ont appellé suffrage universel quelque chose qui n'était pas universel? Si nous vivons dans un régime démocratique, la démocratie doit se faire sentir et si, justement, nous ne sentons pas la démocratie, cela veut dire que nous ne vivons pas dans un régime démocratique mais dans un ersatz, dans une chimère démocratique et donc dans un autre régime et donc qu'il y a du souci à se faire - que l'humanité a été dans la démocratie, il y a fort longtemps, mettons, mais qu'elle en est ressortie à un moment inconnu M1 et qu'elle ne s'en est pas rendue compte. Parce qu'en somme comment se fait un régime politique? Par ses effets, par comment le peuple est traité, par comment il est vu par le gouvernement qui agit... De la même manière comment allons-nous décrire un effet qui serait totalement inaperçu? "Je sens un vent inexistant caresser ma joue" est un bel énoncé mais cela est dénué de sens car c'est un énoncé imcompréhensible : c'est de la poésie prosaïque, c'est une belle combinaison phonétique et grammaticale mais comment peut-on honnêtement ou franchement comprendre la perception sensorielle d'une chose qui n'a aucune étendue, qui est inexistante? Même si cela paraît tautologique (dans la définition), on ne peut voir l'invisible, on ne peut entendre l'inaudible, on ne peut dire l'indicible. D'ailleurs cette tautologie est logique également (on ne peut voir l'invisible est un énoncé qui sera toujours vrai). Tout comme les deux autres sont toujours vrais : on ne peut entendre l'inaudible; on ne peut dire l'indicible. Ou on ne peut goûter un fruit inexistant, si l'on dit que l'on goûte un fruit inexistant, nous basculons dans un autre ordre, à savoir, celui du rêve, du scénario fantasmatique (ça ne s'est pas produit, ça ne sera produira jamais mais je rêve que ça se produise). Quelle coïncidence, nous en revenons au monde onirique. Et justement, la logique onirique veut que l'on rêve de ce qu'on ne possède pas ou de ce que nous ne pouvons pas vivre dans la réalité (le rêve n'est qu'une vie imaginée, fantasmée, qui est toute autre de la réalité - quand bien même le rêve paraît, sous tous les angles, vrai et est vécu comme réel pendant son expérience, il n'en reste pas moins qu'un rêve, dont nous avons conscience dès lors que le réveil / l'éveil s'est effectué.

L'autre possibilité, accessible à tou-te-s est la lutte, la protestation contre ce qui se fait et qui ne devrait pas être fait et de revendiquer ce qui est absent mais devrait être présent - et c'est une solution que nous avons déjà évoquée, plus avant dans notre discussion d'aujourd'hui. Cet acte, fort d'une idéologie dans laquelle nous nous engageons sera, à long terme efficace, à condition d'être systématique et que le message soit exprimé de manière polie et adéquate.

Ce sont les pré-requis pour que la démocratie existe- ce faisant, nous ne nous prononçons pas sur le jugement de ce que nous avons pu observer jusque là et encore moins sur ce qui nous est donné à vivre à présent (ce dans quoi nous sommes en ce moment).

M Chrys L.K.. (L2), 2012

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