Un comprimé matin, midi et soir.
Face à l’inanité de la vie estudiantine, composée de vaisselle, de ménage et autres machines à laver, je vous offre le secret d’une vie de sagesse. Le philosophe tourné vers la « pensée de la pensée » souffre de ces multiples chutes dans l’absurde. Comment y remédier ? C’est impossible me direz-vous, il est nécessaire de s’atteler à ces tâches quotidiennes ! Bien sûr, nous ne pouvons les éviter, mais notre rapport à elles peut entièrement changer…
La métaphore ! Gloire à elle qui depuis la nuit des temps, rend les hommes plus forts que la vie ! La sagesse jaillit dans le discours métaphorique. Pouvez-vous imaginer un sage avec un autre genre de discours ? La métaphore comme dépassement des limites de l’esprit, dépassement de la philosophie, récits mythiques de Platon… Son bienfait n’est pas seulement dans la puissance de l’image, mais il est essentiellement dans la distance de soi au monde qui devient primordiale. Lorsqu’on imagine on est affecté par ses propres images, on vit l’image plutôt qu’on vit le rapport immédiat aux phénomènes, c’est en cela qu’on peut parler de puissance de l’image. Mais nous risquons alors de nier la réalité, gardons-nous de cet égarement. On doit métaphoriser la réalité et non la nier. Être l’océan qui ne rejette pas même le plus petit cours d’eau. L’accepter pleinement, pour lui donner une autre apparence. Ne pas dévoiler l’être mais y coudre des fils d’or ! L’élixir de cette Déesse, ce transport, non dans un autre monde comme on pourrait le penser, mais à quelques pas de soi et du monde. Cette légère distance ainsi prise, coupe les liens qui nouent le visage et l’âme au monde.
Le pessimisme quotidien naît d’un rapport trop immédiat à l’action nécessaire. Alors qu’on meurt d’envie de lire les Recherches philosophiques de Wittgenstein, on est là, l’éponge à la main, obligé de nettoyer ses couverts pour pouvoir dîner. La métaphore semble n’être utile que dans l’expression de vérités profondes de la vie, et non dans une philosophie pratique. Elle concerne le discours et pas n’importe quel discours : le plus pur dans le royaume de la pensée. Ces basses tâches ménagères apparaissent alors, comme doublement aux antipodes du discours métaphorique ; la terre de l’action fait face au ciel de la pensée, et la roche sous-terraine est bien loin de l’empyrée. Mais c’est seulement par le plus élevé en l’homme qu’on pourra métamorphoser le plus vil.
On peut assainir le corps, mais qu’en est-il de l’âme ? Ne faites pas « le ménage, la vaisselle, la lessive… » mais nettoyez votre vie. Ressentez ce miroir qu’on polit en vous, brisez la gangue qui retient le joyau ! Imaginez que chaque objet jusqu’à votre appartement entier est le reflet de votre monde intime, alors toutes ces tâches ennuyeuses deviendront source de détermination à créer un monde harmonieux. Le philosophe n’est-il pas l’homme dont l’âme est bien gouvernée ? Alors saisissez le gouvernail de la nef et allez jusqu’où le soleil se couche. Considérez votre environnement comme l’expression de votre intériorité alors vous ne supporterez plus ce chaos ambiant, fait de paquets de chips baillant et de bouteilles de vin vides qui s’ennuient.
J’entends déjà ces apprentis philosophes fulminer « Il nous demande de renoncer à la vérité ! Faux héraut ! Va-t’en !» Hommes de bien, avant de lancer vos pierres de mots, écoutez ceci : la vérité ne réside pas dans l'adéquation de l'intellect aux choses veritas est adæquatio intellectus et rei, vérité d’ordre divin ! Je ne peux dire la vérité de l’objet mais seulement la vérité de mon rapport à l’objet. Désespéré, le « piano n’est plus qu’un meuble », le temps est long, vide, et froid entre mes pas, alors que débordant de joie, je joue et les notes jaillissent ! Le temps est vif, vivant et chaud !
La force vitale de la sagesse, cet immortel courant sous-marin vous écartera d’une apathie si commune de nos jours. Vous porterez alors la vie dans vos mains, gardien de l’amphore sacrée vous demeurerez le maître ! Et si plus rien ne tient entre les mains de votre âme, dans son immense compassion, la Déesse du transport vous consolera, de commuer vous vous contenterez. Soyez affable avec les évènements… Mais comment voulez-vous escalader les falaises de la vérité en chutant constamment dans l’absurde, accordez lui votre confiance ! La corde de la logique n’est pas suffisante ! Le cœur d’une femme est changeant, mais celui de la déité dont je vous parle, est le seul pour lequel vous pouvez, à l’excès exprimer votre dilection.
Et dans cette ère de l’hyper-modernisme, de la technologie comme rapport au monde, faites revivre le mythe, terre nourricière de la métaphore !
Marc V, M1, 2012

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